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AccueilPS02 - Lettre d’information #17 : Le mot du premier fédéral

Le mot du premier fédéral

Résister à la bêtise, défendre la République

La crise à Ceuta de cette semaine a immédiatement suscité l’émotion. Mais elle a aussi continué de révéler une autre crise, plus profonde, plus insidieuse que nous sommes nombreux à dénoncer depuis trop longtemps : celle du commentaire politique. En quelques heures, certains réseaux dits sociaux et certains plateaux dits d’informations se sont transformés en déversoirs de caricatures, d’invectives et de surenchères. Quand l’indignation devient un spectacle et que l’outrance remplace la réflexion, ce n’est pas seulement le débat public qui s’abîme : c’est notre exigence démocratique qui recule.

La République mérite mieux que ce vacarme permanent. Elle suppose de la hauteur, de la nuance, le respect des faits et la volonté de convaincre plutôt que de désigner des boucs émissaires. À force de banaliser les excès, on désinhibe les paroles les plus brutales et l’on déshabitue peu à peu nos concitoyens aux exigences de la philosophie républicaine, de l’esprit critique et de l’idéal démocratique. Une démocratie vivante ne se nourrit pas de bruit, mais d’idées.

Le contraste avec les hommages rendus à Jean Jaurès était d’ailleurs saisissant : d’un côté la réalité de notre société contemporaine, de l’autre l’infatigable engagement devenu intemporel de Jaurès, qui nous inspire tant et que nous sommes heureux et fiers de prolonger.

Dans son Abécédaire, à la lettre R comme Résistance, Gilles Deleuze disait : « Résister, c’est nuire à la bêtise. » C’est une invitation qui n’a sans doute jamais été aussi actuelle. Résister, aujourd’hui, c’est continuer à penser, à débattre, à créer et à élever le débat public. Alors, pensons. Créons. Refusons de céder à la facilité du vacarme. Et continuons, ensemble, à faire vivre une République exigeante, fraternelle et confiante dans l’intelligence de chacune et chacun. Parce que l’avenir appartient toujours à celles et ceux qui construisent plutôt qu’à ceux qui hurlent.

Fidèlement,
Amine